Filière agro/agri : Comment décarboner son activité et financer sa transformation industrielle ?

  • Par Leyton
    • 29 Juin 2023
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Filière agro/agri : Comment décarboner son activité & financer sa transformation industrielle ?

Résumé du dernier Sommet Virtuel du Climat 2023

> Bonnes pratiques et retours d’expériences (exemple de la filière agricole et agroalimentaire) 

La création d’une valeur durable va consister pour les entreprises à s’assurer de diminuer les externalités négatives (cf: émissions CO2) et augmenter les externalités positives (cf: adaptation et séquestration carbone) de ses produits/services. 

Toute la sphère économique doit prendre toute la part qu’est la sienne dans la transition énergétique. Plus encore, de la startup au grand groupe, du consommateur final au politique : chacun doit assumer sa responsabilité environnementale étant donné que la planète est un bien écosystémique.  

Une entreprise étant soit le scope 3 d’un de ses donneurs d’ordre (si BtoB), ou ayant le devoir de transparence vis-à-vis de ses clients finaux (BtoC) : toutes les offres/services liés à des émissions élevées vont devoir être modifiées ou disparaitre de leur portefeuille d’activité. Il appartient maintenant aux entreprises de revoir les offres/services liés à des émissions élevées et de s’adapter aux enjeux de sobriété énergétique. 

Fortes émissions de GES : L’exemple de la filière agro / agri 

  • 2ᵉ secteur le plus émetteur de GES (+19% des émissions) mais aussi premier secteur industriel et de captation (ex : une prairie cultivée capte et stocke autant de carbone qu’une forêt mélangée) et de fourniture d’énergie renouvelable ;
  • Le seul secteur qui ne maîtrise pas ses prix de vente et qui subit « de plein fouet » les augmentations de matières premières (ex : engrais azotés, hausse de plus de 135%) ;
  • 63% des consommateurs finaux estiment que les choix de l’alimentation est un engagement sociétal. 90% des Français estiment que l’enjeu de la transition agricole et alimentaire est prioritaire.  

Règlementation : comment se conformer aux attentes du gouvernement sans perdre en compétitivité ? 

Les entreprises sont de plus en plus contraintes par la réglementation (pour la bonne cause et peut-être pas assez vite au regard des enjeux climatiques) : rapports extra financiers, bilan GES, CSRD, devoir de vigilance… 

Concernant la filière Agro/Agri : afin de sortir un produit alimentaire sur le marché, il faut répondre à des réglementations de plus en plus contraignantes.  

À ce titre, il s’agit de barrières à lever pour mettre en place sur le marché un produit ou un service innovant. Cela nécessite une veille permanente de la part des acteurs du secteur sur ces enjeux. 

Malgré des tendances connues, les préférences des consommateurs en matière de produits alimentaires nécessitent une adaptation des entreprises à la demande. 

Nous faisons face à des enjeux gigantesques de transformation de nos modes de production et de consommation. La décarbonation est l’une des contraintes auxquelles nous devons faire face. Nous savons tous que pour contenir le changement climatique, il faudra décarboner nos économies.

Mais ce n’est pas le seul enjeu : biodiversité, eau, limitation des ressources impliquent également des refontes de ces économies. Tout le monde est concerné, entreprise, consommateurs, états, financement. La production de normes et de contraintes dans ces domaines (nous pouvons penser par exemple à la CSRD mais également pour la filière agroalimentaire au Green Deal) est une manière d’aligner tout le monde sur le même objectif. 

La mise en conformité de la filière agro agri

La mise en conformité peut être vue comme une contrainte limitant nos marges de manœuvre. Je crois que cela peut être l’occasion pour les entreprises et les filières de se poser la question d’une prospective à moyen terme et du choix des priorités à mettre en œuvre. Pour réussir à faire de ces mises en conformité de nos filières agroalimentaires, un enjeu de compétitivité, il est indispensable de travailler en réseau, en filière de manière écosystémique. 

L’importance de la question des labels

Les labels permettent dans un certain nombre de cas d’aligner un peu plus de valeur pour des produits plus vertueux. La difficulté réside dans le trop grand nombre de labels, leur dispersion et leur manque de lisibilité pour le consommateur. Ce que nous constatons, c’est que l’essentiel de la production agricole est vendu hors label, par exemple nos céréales à l’export, l’alimentation animale ou l’essentiel de la restauration hors foyer. Développer ou utiliser un label exigeant peut être un projet intéressant à l’échelle d’un territoire et d’une entreprise.  

Pour assurer la bascule des marchés vers des filières agroécologiques, il sera nécessaire d’aligner une majorité d’acteurs, pas seulement les agriculteurs, mais aussi les transformateurs et les distributeurs, de manière à rémunérer correctement tous les acteurs de la chaîne respectant les principes d’une transition agricole. 

La mise en conformité peut être vu comme très orientée « obligatoire > contrainte > court terme ». Hors il s’agit d’avoir une vision d’elle comme étant une excellente opportunité, beaucoup plus stratégique et long termiste.

Pourtant, le carbone est une opportunité de création de valeur avec, par exemple le marché du carbone volontaire et la possibilité de mener des actions sur l’agro/agri (là où nous n’en avions pas avant, par exemple, avec le système agricole d’après-guerre). Sur le marché de l’eau par exemple, la réglementation est beaucoup plus contraignante alors qu’ici, sur l’exemple de la filière agro agri, il est plutôt enthousiasmant d’assister à cette révolution contrainte. 

Le besoin de financement pour se décarboner

Toutes les entreprises vont être en aval de votre chaîne de valeur, donc toute la filière agroalimentaire, jusqu’au bout, est concernée par toutes les émissions aval (le fameux scope 3).

Aujourd’hui, ce qui émerge, c’est le besoin de financement à travers l’achat de crédits carbone pour contribuer volontairement à la baisse d’émission incompressibles en l’état (les scope 3) notamment via des projets issus de la filière agro/agri. Dans la chaîne de valeur d’une entreprise donnée, une fois avoir fait le maximum d’effort sur ce qu’e je’elle contrôle elle-même (sur ses fameux « outils de production »), elle peut aller au-delà de cet effort finalement « minimum » et inciter à travers l’achat de crédit carbone volontaire afin d’aller jusqu’au bout de la démarche vertueuse de transformation de filière. L’idée, c’est de dire que l’on peut aujourd’hui aller au-delà de ce qui est nécessaire pour se mettre en conformité. 

Stratégie d’innovation : comment allier compétitivité et exemplarité ? 

En quoi le procédé, le produit ou le service innovant permettent de lever les barrières afin de de gagner des parts de marchés, conserver sa place de leader, maintenir son image de marque, etc. ? 

Outre les barrières spécifiques au secteur, il s’agit désormais de répondre aux besoins et envies des consommateurs de plus en plus informés et en attente sur les engagements responsables des entreprises 

Sur l’exemple de la filière agro / agri, les enjeux de l’agroécologie pourraient être les suivants : 

  • Développer un cycle vertueux : Investir en R&D (réutiliser les bio déchets, le compost, la méthanisation, la photosynthèse, le sol et les minéraux) > apprendre de ses recherches et innover pour mieux produire 
  • Répondre à des enjeux y afférant : encourager les pratiques durables (décupler les moyens mis en œuvre) > former et accompagner le progrès (soulager les coûts, développer l’open innovation et la démarche de progrès durable…) > mieux communiquer, éduquer et vendre aux consommateurs finaux > améliorer la performance environnementale (ex : DPEF) 

Les mots sont chargés de sens et les agriculteurs se sentent parfois montrés du doigt dans leurs pratiques. Il faut reconnaître que l’agriculture française a déjà réussi à relever de nombreux défis notamment celui d’une production de très grande qualité avec un niveau de qualité reconnu internationalement et une productivité qui lui permet d’exporter dans un certain nombre de filières même si d’autres filières sont aujourd’hui concurrencées par des imports moins chers. Pour autant, il sera nécessaire à notre agriculture d’étendre les pratiques d’agriculture plus systémiques que l’on peut appeler agroécologie. Sols vivants, légumineuses, rotations, stockage du carbone sont quelques-unes de ces thématiques. 

Ce sont des changements importants dans les pratiques qui sont freinés par plusieurs aspects : il y a des freins technologiques, financiers, culturels et systémiques. Comme pour toute conduite du changement, il s’agit de prendre des risques. Notamment pour les exploitations, changer de système de production, c’est courir le risque de variations parfois importantes de rendements et donc de revenus. En agriculture conventionnelle, l’utilisation d’intrants représente aujourd’hui une certaine assurance rendement. Il sera nécessaire d’accompagner les agriculteurs dans ces transformations et sans doute de les sécuriser face aux risques plus importants. A contrario, à moyen terme, les pratiques agroécologiques peuvent s’avérer plus résilientes pour l’agriculteur, mais il n’en est pas nécessairement convaincu aujourd’hui. 

L’innovation et la R&D sont des leviers importants. Elle permet de lever des verrous, des freins « techniques ». Cependant, cette innovation doit reposer en grande partie sur le travail entre « pairs » par exemple en mode open innovation, groupes de travail de petits collectifs d’agriculteurs. Autour des agriculteurs gravite également un écosystème de facilitation qui fait également le lien avec la filière aval : on peut citer les startups, les coopératives, des associations. 

Enfin, la labellisation des pratiques agroécologiques reste balbutiante. À côté du label AB qui a su créer sa notoriété, il est indispensable de disposer d’un label garantissant les fondamentaux de l’agroécologie et notamment les sols vivants sur l’ensemble des filières agroalimentaires. 

L’intérêt des réflexions autour des enjeux bas-carbone, c’est de pouvoir les replacer dans une approche  globale. De plus en plus, nous sommes sur des réflexions « globales » (cf : réfléchir à l’ensemble des incidences de son positionnement sur sa chaîne de valeur filière). On défend par exemple un prix du carbone élevé : cela induit qu’il faut aussi trouver des solutions innovantes pour le combiner dans des démarches vertueuses (à la fois sur la biodiversité et à la fois sur des aspects sociaux). C’est cela qui remet vraiment l’agriculteur, par exemple, dans une dynamique créatrice (qui peut être de la R&D lourde mais aussi de l’innovation « de bon sens »).

Les apports financiers offerts aux agriculteurs à travers le système de stockage carbone ont un fort impact positif sur la biodiversité. Cela ne devrait venir qu’en complément : c’est-à-dire qu’il faut arriver à faire en sorte d’avoir un agriculteur « convaincu » que la pratique bonne et durable pour son exploitation est l’agroécologie.  

Les leviers économiques, quand ils viennent en addition, sont bons mais s’ils ne viennent qu’en « compensation » pour pallier à une dégradation générale de son business ne l’est absolument pas.

Enfin, il s’agit d’allier compétitivité et exemplarité et de rentrer dans une logique de travail commun et donc cela passe par le développement d’indicateurs commun (ex : nombres d’indicateurs liés à la biodiversité…). C’est en cela que l’innovation est vertueuse et nécessaire en agri/agro : cela permet de ne plus se considérer comme « concurrent de » (sur un marché en perdition qu’est l’agriculture intensive) mais ensemble développer la taille du nouveau marché… » (qui est celui de l’agroécologie) 

Financements : comment moderniser et décarboner son « appareil de production » ?  

Sans moyens et/ou soutien financier, difficile d’accélérer sa décarbonation. Manque d’aides, de compétences, de moyens ou simplement manque d’accompagnement pour faire de la transition environnementale le principal vecteur de sa croissance 

Aujourd’hui, les dispositifs d’aides financières sont trop nombreux et les conditions d’accès et d’obtention bien trop compliquées, ce qui décourage les potentiels volontaires à cette prise de risque face au futur économique de son industrie. 

Les industries agroalimentaires disposent de plusieurs dispositifs pour les aider à investir dans l’innovation et la recherche. 

Les aides et subventions sont de plus orientées vers les thématiques environnementales du projet France 2030. La décarbonation de l’industrie est ainsi aujourd’hui au cœur de nombreuses aides financières.  

Les appels à projets R&D pour décarboner l’industrie

  • Efficacité énergétique des équipements et des procédés ;
  • La décarbonation de la chaleur / du mix énergétique, pour des usages industriels ;
  • La décarbonation des procédés ;
  • Le captage, le stockage, le transport et la valorisation du CO2.

Dans le cadre de France 2030, le gouvernement français dispose de différentes enveloppes de financement incitatives pour encourager et dérisquer les projets d’innovations du secteur agroalimentaire. 

Voici quelques-uns des grands dispositifs d’innovation: 

  • AAP « Développer les protéines végétales et diversifier les sources de protéines » opéré par l’ANR (Letsproseed est un des projets lauréats, labelisé par Vitagora par exemple) ;
  • AAP « Innover pour réussir les transitions agroécologique et alimentaire » opéré par Bpifrance   

Dans l’industrie agroalimentaire, lécoconception est une méthode prenant en compte les aspects environnementaux du cycle de vie d’un produit pour en réduire au maximum les impacts négatifs : de la production des matières premières à son utilisation par le consommateur. 

Concernant l’amélioration de la performance énergétique et environnementale, des solutions techniques moins énergivores existent (panneaux photovoltaïques, remplacement du matériel et équipements, éclairage basse consommation, isolation des bâtiments, optimisation des eaux et des énergies…). 

Ces projets sont néanmoins conséquents et longs à mettre en place, car il faut rechercher des solutions économiques et industriellement viables.  

Ce qui est intéressant dans l’analyse Scope 1, 2 et 3 c’est qu’elle nous oblige à raisonner en filière. Prenons l’exemple d’une filière végétale et une entreprise « Alpina Savoie » qui travaille sur les pâtes alimentaires. Le premier réflexe d’une entreprise agroalimentaire est de s’intéresser à la consommation énergétique de son usine. Pour l’entreprise citée comme pour d’autres, les leviers de baisse des émissions de GES ( Gaz à Effet de Serre) existent et doivent être traités dans un plan pluriannuel.  

Le premier élément est celui de la baisse des consommations.

Nos usines agroalimentaires ont souvent 20, 30 ou 40 ans et n’ont pas été optimisées sur leurs consommations énergétiques. Des leviers existent pour réduire certaines consommations. Le deuxième élément peut être dans l’électrification de processus auparavant liés aux énergies fossiles ou à l’utilisation de chaudières biomasse. Cependant, en dehors de certaines industries spécifiques, l’analyse en scope 3 montre qu’une plus grande partie des émissions est liée aux pratiques agricoles. Cette réflexion oblige les entreprises à réfléchir en filière, à chercher des pratiques d’achat long terme et non spot et à encourager les agriculteurs à des pratiques agroécologiques.  

Dans l’exemple cité, Alpina Savoie a tout d’abord construit une filière 100% blé dur français et travaille maintenant avec ses fournisseurs sur des pratiques d’agriculture de conservation des sols ou d’agriculture régénératrice.

Les phénomènes de stockage du carbone dans le sol ont un impact majeur sur le bilan global sans parler des effets connexes sur la biodiversité. Enfin, toute industrie agroalimentaire ne doit pas oublier ses emballages, ses autres achats, mais également l’utilisation par ses clients.

Dans l’exemple Alpina Savoie, on peut par exemple citer l’innovation récente pour la restauration hors domicile des pâtes réhydratables à froid, qui entraîne une simplicité d’utilisation pour le gérant du restaurant, mais également une économie significative de l’énergie nécessaire normalement à chauffer l’eau de cuisson. 

Pour résumer, la modernisation de l’appareil de production doit être pensée tout au long de la filière en travaillant en réseau avec l’amont et l’aval. 

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Auteur

Leyton

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