Budget intérim : les clefs pour négocier

Les achats de travail temporaire représentent un achat indirect important, faisant souvent partie des 10 premières dépenses d’une entreprise. Comment mieux piloter cette dépense ?

OCTOBER 3, 2020

12:00 AM

Par Quentin Legrand

Le budget Intérim peut dépasser la dépense de carburant pour certaines sociétés de transport ou le béton pour certaines sociétés de BTP. Stratégique pour certains en atteignant 50 % de la masse salariale, la dépense en intérim est subie pour d’autres avec des budgets non pilotés. Il est d’ailleurs récurrent de voir une explosion des dépenses d’intérim (et de prestations intellectuelles) dans les entreprises où les recrutements internes sont limités par la direction.

Particularités de l’achat d’intérim

Le « produit » des achats de travail temporaire est de la main d’œuvre, ce qui entraîne un certain nombre de particularités rendant ce poste de dépense unique.
Le marché du travail temporaire est très réglementé ; les achats de travail temporaire sont donc limités en termes de quantité, en raison de durées de mission maximales, de conditions de prolongation, de renouvellement et de délais de carence entre deux missions encadrés par le code du travail. Le non-respect de ces règles présente d’ailleurs un risque prudhommal, les intérimaires étant en droit de requalifier leurs contrats en CDI en cas d’irrégularité.
Le risque peut même devenir pénal en cas de délit de prêt de main-d’œuvre illicite, c’est-à-dire s’il est prouvé que des intérimaires occupent des emplois permanents dans l’entreprise utilisatrice.
Bien que ce ne soit pas le seul achat qui concerne des coûts salariaux (gardiennage, prestations intellectuelles, …), c’est la seule facture directement indexée sur des éléments de rémunération.

Le coût pour les fournisseurs

Une facture d’intérim est composée d’éléments de paie (heures, majorations d’heures, primes, etc) multipliés par un « coefficient de facturation » négocié entre l’entreprise utilisatrice et l’entreprise de travail temporaire, et qui représente le « prix » de l’intérim. Pour comprendre ce prix, il est nécessaire d’analyser les coûts directs de l’agence de travail temporaire lorsqu’elle délègue des intérimaires à une entreprise utilisatrice (rémunération brute de l’intérimaire, indemnités, charges patronales, coûts forfaitaires) et les allègements dont elle peut bénéficier (réduction Fillon, CICE…).

Négocier le coefficient

La première étape pour négocier efficacement ses prestations de travail temporaire est de bien connaître sa consommation et le détail des emplois confiés aux intérimaires. L’intérim reste un marché d’offre et de demande, où la pénurie de profils se facture plus cher.
Ensuite, il est indispensable d’étudier la rémunération de ses intérimaires. En effet, celle-ci conditionne le niveau des allègements de charges sociales que toucheront les entreprises de travail temporaire et a donc un impact déterminant sur leurs marges.
Le temps de présence des intérimaires peut également être déterminant. Traditionnellement sur le marché du travail temporaire, il existe des coefficients de facturation « de délégation » et des coefficients de facturation « de gestion ». Les premiers étant plus élevés car ils sont réputés contenir les coûts de recrutements, là où les coefficients de gestion correspondraient aux missions pour lesquelles les coûts de recrutement sont amortis. Ainsi, si les contrats sont longs (plusieurs mois) ou si l’intérimaire reste longtemps dans l’entreprise utilisatrice tous contrats confondus, il peut être intéressant de négocier un coefficient de gestion plus bas, applicable après un temps de présence de l’intérimaire.

Les autres leviers de négociation à part le prix

Au-delà du prix de l’intérim, plusieurs sujets peuvent entrer dans la négociation avec les entreprises de travail temporaire.
Le niveau de service des agences peut être négocié, notamment en termes d’horaires d’ouverture en cas de besoins le weekend ou pour un début de mission urgent tôt le matin. Des niveaux de qualité (conformité des profils, réactivité, …) sont également observables périodiquement.
Pour les entreprises utilisatrices dispensant des formations à leurs intérimaires, il est possible de négocier un budget de formation minimal pris en charge par l’entreprise de travail temporaire.
Toutes les entreprises de plus de 20 salariés ont une obligation de consacrer 6 % de leurs effectifs à des travailleurs handicapés. Les intérimaires faisant partie des effectifs des entreprises utilisatrices au prorata de leur présence, l’intérim peut être utilisé pour atteindre ce seuil et réduire les contributions Agefiph, qui peuvent atteindre des montants importants.

En conclusion, l’importance capitale des niveaux de rémunération des intérimaires n’est pas une information suffisamment connue des consommateurs de travail temporaire. La composition des coefficients de facturation est généralement mal expliquée par la profession du travail temporaire qui cultive l’opacité.

De plus, puisqu’une bonne négociation tarifaire se base sur des éléments réglementaires précis (rémunérations, charges sociales, allègements, crédits d’impôts, etc…), changeant très régulièrement, il est nécessaire d’effectuer une veille périodique pointue afin de conserver des conditions tarifaires optimisées. En effet, en cette période de renouvellement politique, l’avenir des réglementations et des cotisations concernant le travail temporaire est plus qu’incertain.

Notre auteur

Quentin Legrand

Consultant Achats Senior - Responsable du Pôle RH