COP16 biodiversité : un bilan mitigé dans la course à sa préservation

  • Par Leyton
    • 10 Déc 2024
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COP16 biodiversité

La COP 16 sur la biodiversité qui s’est tenue à Cali, en Colombie, du 21 octobre au 1ᵉʳ novembre 2024, a laissé planer un sentiment d’échec quant à la capacité de la communauté internationale à déployer les actions et les moyens nécessaires pour restaurer et préserver efficacement notre biodiversité.

Deux ans après la signature de l’accord-cadre de Kunming Montréal lors de la COP15, un accord historique soulignant l’importance des discussions internationales sur la biodiversité et prévoyant la protection de 30% des terres et des mers de la planète à échéance 2030, la COP16 était l’occasion d’évaluer les progrès réalisés par rapport aux objectifs fixés en 2022*.

Quels enjeux pour cette COP16 de la convention des nations unies et quels résultats notables ?

Mobilisation des financements

L’accord-cadre de Kunming-Montréal prévoyait un objectif global de financement de 200 milliards de dollars par an provenant de toutes sources et une augmentation progressive des financements internationaux pour les pays en développement à hauteur de 30 milliards de dollars par an d’ici 2030.

Bien que le financement ait été placé au cœur des débats, les États ne sont pas parvenus à créer un nouveau fonds global pour la biodiversité. Les contributions promises par 8 pays (Allemagne, Autriche, Danemark, France, Norvège, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni et la province canadienne du Québec) à hauteur de 163 millions de dollars, viennent tout juste porter la dotation, créé en 2022, à 400 millions de dollars, bien loin de l’objectif fixé. Le chemin parcouru par les peuples autochtones pour protéger la biodiversité et être reconnus comme acteurs clés dans les accords multilatéraux sur l’environnement est un exemple significatif de leurs efforts et de leur persévérance.

Enjeux globaux

La biodiversité est un enjeu global qui concerne l’ensemble de la planète. Les changements climatiques, la perte d’habitat, la pollution et la surpêche sont autant de facteurs qui menacent la diversité biologique. La Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) est un traité international qui vise à préserver et à protéger la diversité biologique de la planète. La COP16 est une occasion unique de faire avancer la lutte contre l’effondrement de la biodiversité au niveau mondial.

Finalisation de la mise en œuvre du cadre mondial

L’objectif était de fixer un mécanisme opérationnel de suivi de la mise en œuvre, par les États, des engagements pris lors de la COP15.

Seuls 44 des 196 pays ont soumis des plans nationaux actualisés sur la manière dont ils comptent respecter les objectifs de biodiversité d’ici 2030, soulignant le besoin d’un suivi plus strict pour s’assurer que les engagements soient tenus.

Mécanisme de partage des avantages sur l’utilisation des informations de séquençage numérique (DSI) et la diversité biologique

L’enjeu affiché était de finaliser et d’opérationnaliser le mécanisme multilatéral sur le partage juste et équitable des avantages découlant de l’utilisation des informations de séquence numérique sur les ressources génétiques, il déterminera notamment la capacité des pays en développement à tirer profit de leurs ressources naturelles face aux multinationales qui exploitent ces données.

Un fonds “Cali “, destiné à garantir que les bénéfices générés par la numérisation de données génétiques, comme les informations issues du séquençage de plantes ou d’animaux, soient redistribués équitablement aux pays d’origine.

Enfin, la COP16 a également établi un nouvel organe permanent pour les peuples autochtones, leur offrant un rôle consultatif officiel lors des futures conférences sur la biodiversité. Cela renforce leur implication directe et met en avant leur rôle essentiel dans la préservation des écosystèmes. Les êtres vivants jouent un rôle crucial dans les écosystèmes et les interactions entre espèces, contribuant ainsi à la biodiversité et à la durabilité environnementale.

Alors que les États peinent à mettre en œuvre un mécanisme efficace pour la protection de la biodiversité, de nouveaux outils, tels que les certificats biodiversité émergent avec notamment pour ambition, de permettre au secteur privé de répondre au défi du financement des actions en faveur de la biodiversité.

État de la biodiversité

L’état de la biodiversité est alarmant. Selon l’IPBES, un million d’espèces sont menacées d’extinction, dont 40 % des espèces de plantes et 33 % des espèces de mammifères. La perte de biodiversité peut avoir des conséquences graves sur les écosystèmes et les sociétés humaines. Les pays en développement sont particulièrement vulnérables à la perte de biodiversité, car ils dépendent souvent de la nature pour leur subsistance.

Certificats biodiversité : outils de financement de la protection de la biodiversité dans les pays en développement

On observe une prise de conscience croissante du secteur privé concernant les risques liés à la perte de biodiversité et le rôle qu’il doit jouer pour inverser la tendance. Les certificats biodiversité font partie des solutions innovantes pensées pour lui permettre d’agir en conséquence.

Qu’est-ce qu’un certificat biodiversité ?

Les certificats biodiversité, aussi appelés « crédits biodiversité », sont des unités économiques représentant des actions spécifiques de protection et de restauration de la biodiversité. Ils sont créés par le biais d’un processus de certification qui vérifie les avantages environnementaux des activités de conservation ou de restauration.

Ces crédits peuvent être vendus sur un marché à des particuliers, des entreprises, mais aussi à d’autres promoteurs qui ont besoin de contrebalancer les impacts environnementaux de leurs propres projets.

Quel marché pour ces certificats ?

Selon le Forum Économique Mondial, le marché actuel des crédits de biodiversité « volontaires » est estimé à environ 8 millions de dollars. Un rapport étudiant les facteurs de demande de ce marché, précise également que des progrès concrets en matière de gouvernance de ce mécanisme, pourraient faire grimper la demande à 2 milliards de dollars en 2030 et 69 milliards de dollars d’ici 2050.

Quels critères de qualité doit respecter un certificat biodiversité ?

critères qualité certificats biodiversité

Dans quels cas utiliser des crédits biodiversité ?

crédits biodiversité
Source : Biodiversity Credits : Demand Drivers and Guidance on Early Use, World Economic Forum

1. Améliorer les crédits carbone pour de meilleurs impacts sur la nature

Les entreprises achètent des crédits de biodiversité dans le cadre de l’achat de solutions basées sur la nature fournissant des crédits de carbone, dans le but de garantir que les activités financées par l’achat de crédits de carbone ont également un impact positif sur la biodiversité.

2. Accéder aux services rendus pas les écosystèmes

Les entreprises utilisent les crédits de biodiversité pour financer des améliorations du capital naturel dans leur chaîne de valeur, dans le but de garantir ou d’améliorer l’accès aux services écosystémiques dont elles dépendent.

3. Contribuer à la restauration de la nature au-delà de ses propres impacts

Les entreprises contribuent à la protection et à la restauration de la nature au-delà de leurs propres impacts directs et indirects, afin de soutenir les objectifs mondiaux en matière de nature et les services écosystémiques dont dépend l’économie mondiale.

4. Proposer des produits groupés avec la restauration de la nature

Les entreprises proposent des crédits biodiversité associés à la vente d’un produit ou d’un service.

5. Assumer la responsabilité des impacts non atténués sur la biodiversité

Ce schéma non encore approuvé, pourrait consister à assumer la responsabilité des impacts directs ou indirects non atténués et résiduels d’une entreprise sur la biodiversité. Dans un monde dans lequel, les systèmes de compensation de conformité n’existent pas ou sont insuffisants (ne couvrant que certains secteurs ou  qu’une partie de l’impact d’une entreprise sur la nature.), ce schéma pourrait représenter une première étape vers la protection et la réhabilitation de notre biodiversité.

Complémentarité entre biodiversité et marché volontaire du carbone (VCM)

Biodiversité et marché volontaire du carbone

Le VCM est devenu une source importante de financement pour les investissements dans des projets de séquestration ou de réduction d’émission de CO2 ou équivalent fondés sur la nature. Ces projets contribuent souvent directement à la protection de la biodiversité grâce aux bénéfices écosystémiques qu’ils génèrent.

Les solutions basées sur la nature (NbS) du VCM, sont des projets pour lesquels la nature est au cœur de la réduction ou suppression des émissions de CO2, bien que l’ampleur des avantages pour l’écosystème demeure complexe à quantifier, il est pourtant indéniable.

Ces projets qui ont concentré selon MSCI Carbon Markets, 80% des 18 milliards de dollars investis dans des projets de crédits carbone entre 2021 et mi-2023, pourraient profiter directement aux enjeux de financement de la protection et restauration de la biodiversité. Et ce financement pourrait être encore plus important d’ici 2050, date à laquelle, le marché mondial des crédits carbone pourrait fournir jusqu’à 100 milliards de dollars par an pour financer des NbS.

En termes de potentiel d’amélioration de la biodiversité, une autre étude* du MSCI basée sur l’analyse d’un échantillon de 670 projets de boisement et de reboisement (ARR) enregistrés dans le monde, a permis d’évaluer à environ 66%, la part de ces projets avec un impact positif pour la biodiversité, dont 10% avec un potentiel élevé.

 Source: MSCI Carbon Markets

*L’analyse de MSCI Carbon Markets évalue les projets mondiaux de carbone forestier en utilisant divers facteurs géographiques pour déterminer leur potentiel de biodiversité. Pour les projets de reforestation, cela inclut non seulement le projet dans son état actuel, mais intègre également l’impact positif potentiel sur la biodiversité d’une forêt entièrement plantée et la réduction de la fragmentation forestière qui en résulte, ou l’amélioration de la biodiversité.

Intérêt et valeur de la biodiversité

La modification des habitats, la surexploitation des ressources, l’introduction d’espèces invasives déséquilibrant les écosystèmes, la pollution, le changement climatique sont autant de menaces qui participent à l’érosion de la biodiversité.

L’existence humaine est pourtant un simple chainon de la biodiversité et nos modes de vie et modèles économiques sont largement dépendants de celle-ci.

La biodiversité est essentielle aux services écosystémiques, qui incluent la production de nourriture, la régulation du climat et la protection des sols. Elle est également primordiale pour la santé humaine, car elle fournit des médicaments et des ressources pour la médecine. Elle contribue également à notre qualité de vie et notre bien-être au quotidien.

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Auteur

Leyton

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