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Le VCM (Voluntary Carbon Market) est un outil essentiel pour les stratégies mondiales de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Il s’agit d’un mécanisme qui permet aux entreprises et aux organisations de s’engager dans une démarche de contribution carbone, en finançant des projets à impact environnemental de réduction ou de séquestration des émissions de CO₂. Contrairement aux marchés réglementés du carbone, qui imposent des obligations de réduction aux entreprises, le VCM repose sur des initiatives volontaires visant à accélérer sa transition vers une neutralité carbone.
La Commission européenne joue un rôle clé dans l’encadrement des initiatives climatiques et l’évolution des marchés du carbone, notamment à travers son Green Deal et la révision du Système d’échange de quotas d’émission (ETS). Bien que le VCM soit un marché non réglementé, l’Union européenne encourage une meilleure harmonisation et transparence des crédits carbone pour garantir leur intégrité environnementale et éviter le double comptage.
Cependant, le marché volontaire du carbone fait face à des défis majeurs pour renforcer son intégrité et la confiance des acteurs économiques. Le manque de standardisation et les risques de greenwashing soulèvent des préoccupations quant à l’impact réel des crédits carbone sur la réduction des émissions.
Comme l’illustre le Forum Economique Mondial dans son étude « Blockchain for Scaling Climate Action » parue en avril 2023, le processus traditionnel d’émission et de mise sur le marché d’un crédit carbone, peut comporter bon nombre d’obstacles à la mise en place d’un système de gestion des crédits carbone fiable et efficace.
Et parmi les plus importants, on note deux es problèmes de :
Assurer l’authenticité des crédits carbone échangés sur le VCM demeure un enjeu majeur. Les registres actuels de crédits carbone sont centralisés et souvent non interopérables, ce qui peut engendrer des pratiques de double comptabilisation.
Les prix des crédits peuvent varier considérablement en fonction du type de projet, de sa localisation et de sa certification. L’absence d’un cadre de référence unifié peut rendre difficile l’évaluation de la véritable valeur d’un crédit carbone et augmenter le risque de spéculation.
C’est dans ce contexte que la blockchain apparaît comme une technologie clé pour répondre à ces enjeux. En garantissant la transparence et la traçabilité des crédits carbone, elle permet d’assurer leur unicité, d’éviter la fraude et de renforcer la crédibilité du marché.
La blockchain est une technologie de registre distribué qui fonctionne comme une base de données partagée et immuable. Chaque enregistrement, appelé « bloc », contient des informations (par exemple, une transaction) et est relié au bloc précédent via un identifiant unique appelé « hachage ». Ce lien entre les blocs forme une chaîne sécurisée, d’où le nom blockchain (chaîne de blocs).
Le fonctionnement de la blockchain repose sur plusieurs principes :
Comment cette technologie numérique peut-elle être mise au service des enjeux climatiques ?
Le VCM est un outil essentiel pour les stratégies mondiales de réduction des gaz à effet de serre (GES). Mais il est confronté à des défis majeurs pour renforcer son intégrité et la confiance du public.
L’intégration de la blockchain dans le VCM pourrait :
Chaque transaction est inscrite dans un registre public et accessible en temps réel. Il est également possible d’automatiser les processus de la vérification des projets de » compensation carbone « en utilisant par exemple des capteurs IoT (Internet of Things) connectés pour mesurer en temps réel les réductions d’émissions et inscrire automatiquement ces données sur la blockchain.
Grâce à ces moyens, une traçabilité peut être garantie durant tout le cycle de vie d’un crédit et les risques de double comptage écartés.
L’élimination des intermédiaires et l’automatisation des processus grâce aux smart contracts peuvent réduire les coûts de transaction, mais aussi les délais d’audit et de certification, rendant le marché carbone plus réactif et accessible aux petits projets.
La tokenisation est favorable au fractionnement de la propriété des crédits carbone, rendant les investissements plus accessibles. De nouveaux acteurs plus petits, pourraient accéder au marché sans avoir besoin d’une infrastructure lourde ou de capital important.
La blockchain peut contribuer à unifier les normes du marché du carbone, permettant ainsi d’intégrer de manière transparente des projets de différentes régions. Cela améliorerait la crédibilité et la fonctionnalité du VCM.
Toucan est une plateforme fondée en 2021 avec pour mission de transformer les marchés du carbone en s’appuyant sur la technologie blockchain.
Toucan en quelques chiffres :
| $4+ milliards de crédits échangés sur la plateforme | 298,9kT+ de crédits retirés | 20M+ de crédits carbone enregistrés | 50+ projets climat |
Les crédits carbone certifiés sont convertis en actifs numériques appelés « Base Carbon Tonne » (BCT), échangeables sur la blockchain.
Chaque crédit carbone tokenisé est enregistré de manière immuable, garantissant une traçabilité totale et réduisant les risques de double comptabilisation.
Les utilisateurs peuvent acheter, vendre ou retirer des crédits carbone directement via la plateforme, éliminant ainsi la nécessité d’intermédiaires et les coûts associés.
En s’appuyant sur une technologie accessible partout dans le monde, Toucan permet d’intégrer facilement des projets issus de différentes régions.
Au cours des dernières années, le Toucan Protocol a fait l’objet de critiques concernant la qualité des crédits carbone proposés sur la plateforme.
La plateforme avait notamment acquis des crédits carbone très anciens en termes de vintage et de faible qualité, souvent issus de projets controversés ou obsolètes.
Par exemple, certains crédits provenaient de barrages hydroélectriques en Chine construits en 2006, de terres forestières qui n’étaient pas réellement menacées de déforestation, ou d’usines de gaz naturel construites en 2009, ne respectant pas les critères d’additionnalité nécessaires.
Ces exemples devraient pousser à une réflexion sur les défis restant à relever pour que la blockchain puisse pleinement contribuer à l’amélioration du VCM.
En 2022, le groupe annoncé le lancement de son Environmental Credit Service, une solution Microsoft Cloud for Sustainability, offrant une infrastructure commune pour résoudre les problèmes liés aux « normes de qualité incohérentes, registres de crédit cloisonnés et processus inefficaces » du VCM. Comment ? En améliorant la transparence et la capacité à suivre la provenance des crédits carbone tout au long de leur cycle de vie.
Cette solution intègre la blockchain pour suivre les crédits carbone de leur création à leur retrait. Cette automatisation de la vérification des réductions des émissions de gaz permet d’accroître la traçabilité des crédits carbone des entreprises, éviter la double comptabilisation et réduire les coûts d’émission. Par ailleurs, l’objectif de cette solution est également d’ « assurer la qualité des crédits en utilisant des normes de données pour permettre aux crédits provenant de différentes sources et méthodes d’être facilement compris, comparés, triés et tarifés, conduisant à la liquidité du marché ».
Le Environmental Credit Service de Microsoft est le fruit d’une collaboration avec des acteurs boursiers comme Nasdaq, Inc. (National Association of Securities Dealers Automated Quotations), dont les expertises en termes de technologies, protocoles standards et fonctionnalités ont été mises à contribution.
Par ailleurs, cette solution a d’ores et déjà été testée par le principal standard de certification du VCM, Verra, dans le cadre d’un projet pilote. Le Environmental Credit Service a été couplé aux technologies satellite Microsoft Planetary Computer et Muon Space pour automatiser la surveillance à distance des projets environnementaux terrestres, permettant ainsi une quantification plus précise des réductions nettes d’émissions.
Avant le lancement de son Environmental Credit Service, Microsoft avait déjà démontré son attrait pour l’usage de la blockchain dans le déploiement de sa démarche environnementale. Ainsi en 2021, le groupe avait procédé à l’achat de 43 338 tonnes de crédits carbone issus de projets agricoles en Australie, en utilisant la blockchain de Regen Network, autre acteur des solutions de blockchain du marché carbone.
Un des principaux acheteurs de crédits carbone, Shell, expérimente des solutions blockchain pour tracer l’origine et l’impact de ses crédits carbone. L’entreprise a développé plusieurs initiatives utilisant la technologie blockchain afin d’améliorer la transparence et l’efficacité du marché carbone. En collaboration avec des partenaires comme Accenture et IBM, Shell a testé un registre numérique décentralisé pour assurer l’authenticité et la provenance des crédits carbone achetés et vendus.
En outre, en collaboration avec Accenture et American Express Global Business Travel (Amex GBT), Shell Aviation a lancé en 2022, Avelia, un système basé sur la blockchain de type « book-and-claim » de carburant d’aviation durable (SAF)pour les voyages d’affaires.
« Avec l’engouement suscité par le Web 3.0, il est important de bien réfléchir aux approches décentralisées à déployer sur les marchés du carbone et, surtout, à la manière de les déployer. La technologie ne se préoccupe pas de son effet final… Il en va de même avec la tokenisation des crédits carbone. » – Sarah Leugers, Directrice de la croissance, Gold Standard
La blockchain peut aider à transformation du VCM, mais pour être viable, son adoption exige rigueur, encadrement réglementaire et prudence pour limiter la spéculation et garantir des crédits carbone de qualité.
La diversification des marchés du carbone renforce l’importance du suivi des crédits et des déclarations des parties concernées. Les registres des normes émettrices demeurant les sources les plus fiables concernant le statut légal et les droits des crédits carbone, les blockchains devraient vérifier la conformité des crédits tokenisés avec les standards reconnus.
Une des principales interrogations concernant la pertinence du recours à la blockchain en matière de transition climatique, est la consommation énergétique importante que nécessite cette technologie. Les plateformes actuelles privilégient toutefois le recours aux blockchains de preuve d’enjeu considérées moins énergivores.
La blockchain est louée pour sa transparence, mais cette qualité se limite souvent à tracer les transactions, sans fournir de détails sur les contenus ou les parties impliquées et, sans s’adresser au problème de fond de la qualité même des projets et donc des crédits qui en sont issus. Développer des systèmes de certification intégrés, permettrait de s’assurer que chaque crédit répond aux critères de durabilité et d’impact environnemental (ex : co-bénéfices sociaux et environnementaux) pour renforcer leur valeur ajoutée.
Comme l’a également déclaré Sarah Leugers : « La prise en compte complète des attributs détaillés des crédits carbone peut contrer les effets négatifs de la marchandisation et encourager les projets carbone ayant un impact significatif sur le développement durable… La clarté de l’impact vérifié peut permettre d’évaluer les crédits en conséquence et de catalyser des avantages positifs encore plus importants, permettant ainsi aux marchés du carbone de garantir la justice climatique. »
Pour l’heure, la blockchain ne jouit que d’une règlementation limitée et sélective. Un cadre juridique clair serait donc nécessaire pour éviter les abus et encadrer son utilisation. Par ailleurs, cet encadrement pourrait être mis à profit afin de limiter l’exposition des crédits tokenisés aux fluctuations des blockchains. Des initiatives comme MiCA (Markets in Crypto-Assets) en Europe ou les discussions de la SEC ( Securities and Exchange Commission) aux États-Unis pourraient poser les bases d’un cadre plus structurant. Par ailleurs, des dispositifs de contrôle, comme la vérification de l’identité des émetteurs et des acheteurs crédits tokenisés (KYC) sont indispensables pour prévenir toute utilisation abusive de cette technologie.

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