Comment la contribution carbone accélère-t-elle la décarbonation des entreprises ?

  • Par Aurélie Barbotin
    • 04 Mar 2025
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Comment la compensation carbone accélère-t-elle à la décarbonation des entreprises ?

Décarbonation et contribution carbone : 2 approches complémentaires mutuellement bénéfiques 

Le mythe du « permis de polluer » remis en cause par de récentes études

Il est souvent considéré que les entreprises achètent des crédits carbone pour se soustraire à la responsabilité de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). 

Plusieurs études ont été menées récemment, analysant le comportement et l’empreinte carbone de milliers d’entreprises pour démêler le vrai du faux. 

Réduction annuelle médiane des émissions 2017-2022 - compensation carbone

En analysant des organisations de différents secteurs et de différentes tailles, MSCI a montré que les entreprises qui achètent des crédits carbone se décarbonent deux fois plus vite que celles qui n’achètent pas de crédits carbone. Si cette conclusion est basée sur les scopes d’émissions de GES 1 et 2, la même analyse incluant le scope 3 réalisée sur un échantillon plus petit (2 557 entreprises) a conduit au même résultat. 

Accenture a, de son côté, identifié 20 leviers pour la décarbonisation de l’ensemble de la chaîne de valeur d’une entreprise, qui vont du recours aux énergies renouvelables à la mise en place d’une démarche de contribution carbone. Cette analyse menée sur 1 396 entreprises du G2000¹ indique que les entreprises qui utilisent des crédits carbone ont tendance à réduire davantage leurs émissions de gaz à effet de serre que les autres, ce levier étant intégré à un ensemble d’autres actions de décarbonisation. 

Une autre étude² de Forest Trends’ Ecosystem Marketplace montre des résultats similaires et indique que les entreprises qui achètent des crédits carbone s’attaquent également davantage au changement climatique tout au long de leur chaîne de valeur. L’acheteur volontaire de crédits carbone médian investit 3 fois plus dans les efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre au sein de sa chaîne de valeur.

Acheteurs de crédits carbon versus non acheteur de crédits - compensation carbone

Pour aller plus loin, les acheteurs de crédits carbone de haute intégrité³ réduisent en moyenne leurs émissions de gaz à effet de serre plus rapidement que les acheteurs de crédits carbone considérés comme de moins bonne qualité. 

Ces résultats montrent que les entreprises sont en général engagées sur le marché du carbone volontaire dans le cadre d’une stratégie holistique vers la neutralité carbone visant à accélérer l’action climatique mondiale tout en réduisant simultanément leur propre empreinte carbone. 

La contribution carbone, une incitation à la décarbonation

Les données de ces études suggèrent que l’achat de crédits carbone incite les entreprises à réduire leur empreinte carbone. 

Lorsque les entreprises acquièrent des crédits carbone, elles attribuent en quelque sorte volontairement un prix à leurs émissions de gaz à effet de serre. Plus leurs émissions de gaz à effet de serre sont élevées, plus elles dépensent pour acheter des crédits carbone, en supposant un prix constant. Les entreprises sont ainsi motivées à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre pour diminuer leurs coûts. 

Prix interne sur le carbone - compensation carbone volontaire

Sur les 7 352 entreprises qui ont dévoilé une approche guidant leurs investissements dans des activités de réduction des émissions de gaz à effet de serre en 2021, 463 ont mentionné la mise en œuvre d’un mécanisme de tarification interne du carbone ; la plupart étant des acheteurs de crédits carbone. 

Le rapport Carbon Pricing 2021 du CDP a montré que près de la moitié des 500 plus grandes entreprises mondiales utilisaient une tarification interne du carbone ou prévoyaient de le faire dans les deux prochaines années. Le prix interne médian du carbone en 2020 était de $25/tCO2e. 

L’utilisation de crédits carbone peut aider les entreprises à atténuer l’impact de leurs émissions de gaz à effet de serre et réduire encore davantage leurs émissions. 

Les crédits carbone ne sont pas un « nice-to-have » mais un puissant levier pour décupler son action de décarbonation et viser la neutralité carbone afin de contrer le réchauffement climatique. 

La contribution carbone, conséquence d’un profond engagement climatique 

Les entreprises engagées sur le marché du carbone volontaire sont également susceptibles de prendre leur impact climatique plus au sérieux avec des stratégies climatiques incluant la contribution carbone. Elles sont à l’avant-garde de l’action climatique. 

Rappel historique : les crédits carbone sont nés avec le protocole de Kyoto en 1997. L’objectif du protocole de Kyoto était de soutenir des projets de compensation afin de lutter contre le réchauffement climatique ; et de flécher des investissements des pays du « Nord » vers les pays du « Sud » afin de leur donner des moyens pour la mise en place de programmes de réduction des émissions de GES. A ses débuts, le marché du carbone volontaire était principalement constitué de crédits carbone associés à des projets d’énergies renouvelables. 

Les acheteurs de crédits carbone sont plus susceptibles d’avoir des objectifs liés au changement climatique, et ces objectifs sont plus ambitieux. Les acheteurs de crédits carbone ont au moins un objectif absolu, et 52% des acheteurs de crédits carbone ont un objectif de neutralité carbone. Ils sont également 3 fois plus susceptibles d’inclure les émissions de gaz à effet de serre de leur scope 3 dans ces objectifs. 

Les crédits carbone ne représentent qu’une part très faible de l’action globale. En moyenne, les crédits carbone retirés des registres représentent un peu plus de 2% des émissions de gaz à effet de serre totales des entreprises. 

Les entreprises, mais aussi les pays, doivent exploiter tous les outils à leur disposition pour faire face à la crise climatique. S’engager sur le marché du carbone volontaire est une action crédible contre le changement climatique. Plus tôt elles s’y engageront, plus tôt elles accéléreront leurs progrès vers un avenir durable. La réduction à elle seule ne suffit malheureusement pas. 

« Notre monde a besoin d’une action climatique sur tous les fronts – sur tout, partout, et tout à la fois. » – António Guterres, Secrétaire Général des Nations Unies 

Les entreprises qui intègrent ces mesures contribueront à accélérer leur passage à l’échelle, nécessaire pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris, ratifiés par 175 pays. Les crédits carbone ne doivent pas être abandonnés, ils doivent être intégrés aux stratégies climatiques. Soutenirdes projets de contribution carbone permet d’accélérer la réduction des émissions et le renforcement des puits de carbone en vue de l’atteinte de la neutralité carbone. 

Cependant, certains acheteurs de crédits carbone ont commencé à ralentir et même à revoir leur engagement sur le marché du carbone volontaire en attendant des directives de la SBTi sur la manière dont ils pourraient revendiquer leur engagement dans une démarche de contribution carbone…

Comment la SBTi intègre-t-elle la contribution carbone volontaire à sa norme ? 

La norme “Corporate Net-Zero” de la SBTi fournit des orientations, des critères et des recommandations aux entreprises pour fixer des objectifs climatiques afin de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, en atteignant un niveau résiduel conforme au scénario de 1,5°C, au plus tard en 2050.

Objectif validé par la SBTi - acheteurs de crédits carbone - Non acheteurs de crédits carbone

Le BVCM (« Beyond Value Chain Mitigation ») est défini par « des mesures d’atténuation ou des investissements qui ne relèvent pas de la chaîne de valeur d’une entreprise, y compris des activités qui évitent ou réduisent les émissions de gaz à effet de serre (GES), ou qui éliminent et stockent les GES de l’atmosphère ». 

Il offre aux entreprises un moyen de rendre compte de leurs émissions résiduelles, en soutenant des projets de compensation, à mesure qu’elles progressent vers la réalisation de leurs objectifs à court et à long terme. 

Objectifs du « Beyond Value Chain Mitigation » : 

📥Fournir des résultats d’atténuation supplémentaires à court terme pour atteindre le pic des émissions mondiales au milieu des années 2020 et la réduction de moitié des émissions mondiales d’ici 2030. 

➡️ Flécher des financements supplémentaires vers le déploiement de solutions climatiques naissantes et permettre à ces activités de débloquer la transformation systémique nécessaire à l’atteinte du net-zéro d’ici le milieu du siècle.

Les résultats d’atténuation à court terme et les solutions climatiques naissantes peuvent être financés par l’achat et le retrait de crédits carbone qui soutiennent des  projets de compensation carbone. 

Adhérer à la démarche de « Beyond Value Chain Mitigation » ne doit pas remplacer ni retarder la décarbonisation de sa chaîne de valeur ; la réduction de ses émissions reste une priorité. La SBTi a publié de nouvelles recommandations en mars 2024 axées sur le « Beyond Value Chain Mitigation »… 

L’accent plus que jamais mis sur l’importance du BVCM 

Les politiques, actuellement en place dans le monde, si elles étaient pleinement mises en œuvre par les pays et organisations, limiteraient seulement le réchauffement climatique à 2,7°C. 

La Climate Policy Initiative estime que le financement annuel de l’atténuation doit atteindre $8,4 T par an jusqu’en 2030 et $10,4 T par la suite, contre $1,2 T par an aujourd’hui. En plus d’atteindre le net-zéro d’ici 2050, l’Agence internationale de l’énergie (IEA) estime que près de 50% des réductions d’émissions proviendront de technologies actuellement au stade de prototype et qui ont besoin de financement pour évoluer rapidement. 

En 2022, si toutes les entreprises ayant des objectifs SBTi approuvés avaient contribué à hauteur de leurs émissions de dioxyde de carbone équivalent résiduelles, uniquement sur leurs scopes 1 et 2, 422 MTCO2e auraient été évitées ou supprimées. Cela représente plus de deux fois le volume de crédits carbone retirés des registres cette année-là ; et plus que les émissions du Royaume-Uni en 2022. 

42%⁴ des entreprises du Fortune Global 500 déclarent explicitement qu’elles utiliseront des crédits carbone pour atteindre leur objectif de neutralité carbone ou de net-zéro, contre 40% en 2023. 

Compte tenu de l’urgence de la crise climatique, la SBTi encourage donc toutes les entreprises à prendre des mesures immédiates et cohérentes et à s’engager dans une démarche de contribution carbone pour au moins 50% de leurs émissions résiduelles. Cette recommandation est conforme aux déclarations « Gold » et « Platinium » que les entreprises peuvent faire dans le cadre du code des bonnes pratiques de « claims » de la VCMI (Voluntary Carbon Markets Integrity Initiative). 

Découvrez-en plus dans notre analyse.  

Opportunités et investissements liées au BVCM
Opportunités et investissements liées au BVCM
  • Objectifs de réduction basés sur la science à court terme : réduire ses émissions dans les 5 à 10 ans conformément au scénario de 1,5°C.
  • Objectifs de réduction basés sur la science à long terme : réduire ses émissions à un niveau résiduel conforme au scénario de 1,5°C, au plus tard en 2050.
  • Atténuation au-delà de sa chaîne de valeu (BVCM) : actions visant à atténuer ses émissions au-delà de sa chaîne de valeur pour soutenir les efforts mondiaux visant à limiter l’augmentation de la température mondiale à 1,5°C.
  • Neutralisation de toutes les émissions résiduelles : neutralisation pas l’élimination et le stockage permanent du carbone de l’atmosphère.

En 2023, la SBTi a collaboré avec plus de 200 entreprises, qui ont identifié de nombreuses opportunités liées au BVCM :

Opportunités et investissements liées au BVCM

La SBTi a l’intention de réviser la norme Corporate Net-Zero, y compris l’approche BVCM, d’ici la fin de l’année. Restez à l’écoute ! 

Une démarche de « compensation » de carbone volontaire doit aussi s’accompagner d’une communication parfaite 

Historiquement, les entreprises ont souvent associé BVCM à leurs propres émissions, suggérant un certain niveau de compensation carbone ou d’équilibrage des émissions de l’entreprise. Cependant, les demandes de compensation carbone volontaire font désormais l’objet d’un examen public et d’une réglementation de plus en plus stricts dans diverses juridictions, comme au sein de l’Union européenne, où une loi récente interdit les allégations de neutralité carbone reposant uniquement sur de la compensation carbone. 

Au contraire, les demandes de contribution climatique indiquent que l’organisation a contribué au soutien ou au financement de projets en dehors de sa propre chaîne de valeur, dans le but d’atteindre des résultats en matière d’atténuation du changement climatique.

Contrairement aux demandes de compensation carbone, les demandes de contribution ne suggèrent pas que les résultats du BVCM équilibrent les émissions restantes. Elles sont plutôt présentées comme des contributions aux efforts mondiaux d’atténuation du changement climatique. 

¹Plus grandes entreprises au monde en termes de chiffre d’affaires, bénéfice, actifs et valeur de marché. Analyse publiée en novembre 2023. 

² Octobre 2023. Basé sur 7 415 organisations. 

³Evaluation de l’intégrité: 35% additionalité, 20% quantification, 15% permanence, 20% co-bénéfices , 10% légal et éthique. 

⁴Etude de Climate Impact Partners. Publications 2019-2024 des 500 entreprises Fortune Global. Sept 2024. 

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Auteur

Aurélie Barbotin
Aurélie Barbotin

Experte du marché carbone

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