Le secteur canadien de l’agritech fait face à des pressions croissantes pour développer des solutions agricoles plus résilientes, productives et durables. De l’amélioration de la résistance des cultures à la sécheresse et aux maladies jusqu’à l’intégration des technologies d’agriculture de précision, l’innovation est devenue un avantage concurrentiel clé pour les entreprises de l’agritech et de la biotechnologie.
Pour relever ces défis, les organisations investissent massivement dans des activités de recherche et développement telles que les techniques de sélection avancées, la culture en environnement contrôlé, l’analyse génomique et les systèmes de gestion des cultures fondés sur les données. Bien que ces initiatives accélèrent la croissance et renforcent le positionnement sur le marché, elles exigent également des ressources financières importantes.
Heureusement, divers programmes de financement canadiens soutiennent l’innovation en agritech. Le programme de Recherche scientifique et développement expérimental (RS&DE) demeure l’un des incitatifs à la R&D les plus importants au pays, offrant des crédits d’impôt pour les activités de recherche admissibles. D’autres opportunités de financement fédérales et provinciales peuvent également être disponibles selon la nature et l’envergure du projet.
Dans cet article, nous explorons les types de projets agritech susceptibles d’être admissibles à la RS&DE, passons en revue d’autres programmes de financement pertinents et soulignons des pratiques concrètes pour maximiser les incitatifs à l’innovation disponibles au Canada.
Pourquoi l’innovation en agritech génère de nouvelles opportunités de R&D
L’agriculture traverse une transformation majeure au rythme où les entreprises développent de nouvelles technologies pour répondre aux défis les plus pressants du secteur. Les changements climatiques, les contraintes de ressources, la pénurie de main-d’œuvre et la demande croissante pour une production alimentaire durable poussent les organisations à repenser les pratiques traditionnelles et à investir dans des solutions novatrices.
Au Canada, l’avenir de l’agriculture repose de plus en plus sur l’intégration des sciences biologiques, de l’ingénierie et des technologies numériques. Les entreprises développent des solutions dans une vaste gamme de domaines, notamment l’amélioration des variétés de cultures, les intrants biologiques, l’agriculture de précision, l’automatisation, l’agriculture en environnement contrôlé et les outils d’aide à la décision axés sur les données. Ces innovations visent à améliorer la productivité, optimiser l’utilisation des ressources et renforcer la résilience des systèmes agricoles.
Par exemple, certaines entreprises d’agritech développent des systèmes de surveillance avancés utilisant des capteurs et l’intelligence artificielle pour optimiser l’irrigation et la gestion des nutriments. D’autres travaillent sur des solutions biologiques telles que des produits microbiens ou des technologies végétales conçues pour améliorer le rendement des cultures tout en réduisant l’impact environnemental. Dans les environnements contrôlés comme les serres ou les fermes verticales, les entreprises effectuent souvent des expérimentations poussées pour déterminer la combinaison optimale de lumière, de température, d’humidité et d’apports nutritifs.
Derrière ces technologies se cachent des activités de recherche et développement complexes exigeant une expérimentation systématique et une amélioration continue. Les entreprises doivent tester différentes approches, analyser les résultats, surmonter des obstacles techniques et affiner leurs solutions avant d’obtenir des résultats fiables et évolutifs. Les résultats de ces activités étant souvent incertains au début d’un projet, l’expérimentation devient une composante essentielle de l’innovation.
À mesure que l’agritech évolue, les organisations qui investissent dans ces technologies peuvent tirer profit des opportunités de financement en R&D. La nature expérimentale de nombreuses innovations agricoles s’aligne parfaitement avec le type d’activités soutenues par des programmes comme la RS&DE, qui aide les entreprises canadiennes à réduire les coûts liés à l’avancement de leurs technologies.
Comprendre l’admissibilité à la RS&DE pour les projets agritech
Bien que l’innovation soit au cœur du secteur agritech, un projet novateur n’est pas automatiquement admissible aux incitatifs de la RS&DE.
Le programme de RS&DE soutient les entreprises qui entreprennent des travaux expérimentaux pour surmonter des incertitudes technologiques et faire progresser le savoir ou les capacités existantes. Pour les entreprises d’agritech, cela signifie que les projets comportant de l’incertitude, de l’expérimentation et des améliorations technologiques présentent des caractéristiques alignées sur les critères du programme.
L’un des éléments clés est l’incertitude technologique. Les entreprises doivent faire face à des défis pour lesquels les connaissances existantes ou les approches standards ne suffisent pas à obtenir le résultat escompté. Par exemple, développer une solution biologique pour améliorer le rendement des cultures peut nécessiter de tester différentes formulations, méthodes d’application ou conditions environnementales pour déterminer l’approche qui offrira des résultats constants.
Un deuxième élément est le progrès technologique. Le projet doit viser à améliorer une technologie existante, développer un nouveau procédé ou générer de nouvelles connaissances techniques. Cela pourrait inclure l’amélioration des méthodes de production agricole, le développement de systèmes plus efficaces ou la création de technologies optimisant la gestion des ressources et la durabilité.
Enfin, les projets admissibles doivent découler d’une démarche systématique. Les entreprises doivent suivre un processus expérimental en formulant des hypothèses, en réalisant des essais, en analysant les résultats et en affinant leur approche en fonction des constatations. En agritech, ce processus itératif est courant lors du développement de solutions dont la performance dépend de multiples variables (conditions climatiques, interactions biologiques, optimisation des systèmes, etc.).
Exemples d’activités agritech pouvant impliquer des travaux admissibles à la RS&DE :
- Développement de variétés de cultures présentant des caractéristiques ou une résilience améliorées.
- Conception et essai de produits biologiques destinés à stimuler la croissance ou la résistance des plantes.
- Optimisation de systèmes d’agriculture en environnement contrôlé (technologies pour serres et fermes verticales).
- Développement d’outils agricoles axés sur les données intégrant des capteurs, de l’automatisation ou de l’intelligence artificielle.
- Amélioration de procédés agricoles durables pour accroître l’efficacité et réduire les impacts environnementaux.
Pour les entreprises du secteur agritech, identifier les activités de R&D tôt et maintenir une documentation adéquate tout au long du processus de développement est essentiel. Une compréhension claire des travaux expérimentaux réalisés permet aux organisations de mieux évaluer les incitatifs disponibles et de maximiser le soutien financier accordé à leurs investissements en R&D.
Au-delà de la RS&DE : Autres opportunités de financement pour les entreprises agritech
Bien que le programme de RS&DE soit l’un des piliers du soutien à la R&D au Canada, les entreprises agritech peuvent également bénéficier de programmes de financement complémentaires selon le stade de développement et les objectifs de leurs projets.
Différents mécanismes de financement soutiennent différentes phases de l’innovation. Alors que la RS&DE se concentre principalement sur le développement expérimental et l’avancement technologique, d’autres programmes aident à accélérer la commercialisation, à renforcer la compétitivité ou à rapprocher les solutions du marché.
Le Programme d’aide à la recherche industrielle du Conseil national de recherches du Canada (PARI CNRC) est un bon exemple de financement complémentaire pour les PME innovantes. Grâce à une aide financière, des services-conseils et un accès à de l’expertise technique, le PARI CNRC aide les entreprises à développer et commercialiser des produits et services technologiques. Pour une entreprise agritech concevant de nouvelles technologies agricoles, des systèmes d’automatisation ou des solutions numériques, ce soutien permet de propulser les projets au-delà du stade de la recherche.
Pour les entreprises développant des solutions qui améliorent la productivité et la durabilité agricoles, des programmes sectoriels offrent un appui supplémentaire. Des initiatives comme le programme Agri-innover, offert dans le cadre du Partenariat canadien pour une agriculture durable, soutiennent la commercialisation, la démonstration et l’adoption de technologies et procédés novateurs qui renforcent la compétitivité et la durabilité du secteur agricole et agroalimentaire.
Dans bien des cas, la stratégie de financement la plus efficace consiste à combiner plusieurs programmes tout au long du cycle de vie de l’innovation. Par exemple, la RS&DE peut appuyer les travaux expérimentaux nécessaires pour surmonter les obstacles technologiques, tandis que d’autres programmes financent la démonstration, le déploiement ou la commercialisation de la technologie résultante.
Comme les critères d’admissibilité, les échéanciers et les objectifs varient d’un programme à l’autre, les entreprises gagnent à évaluer les opportunités en fonction des objectifs spécifiques et du stade de maturité de leur projet. Identifier rapidement les sources de financement appropriées permet de maximiser le soutien accessible et d’accélérer la transition de l’innovation vers le marché.
Maximiser le financement de l’innovation : Meilleures pratiques pour les entreprises agritech
Accéder au financement de l’innovation ne se résume pas à cibler des programmes admissibles. Pour les entreprises agritech, une stratégie solide repose sur la bonne identification des activités de recherche, la documentation des défis techniques et l’alignement des données du projet avec les exigences des programmes.
L’une des pratiques les plus cruciales consiste à documenter les activités de R&D dès le départ. De nombreuses entreprises attendent la fin d’un projet pour rassembler l’information sur leurs essais, défis et résultats. Conserver des traces tout au long du développement offre pourtant une vision plus nette du travail accompli et démontre le caractère itératif de l’innovation.
En agritech, cela peut inclure la consignation d’activités comme l’essai de différentes formulations biologiques, l’optimisation des conditions de culture, l’évaluation de nouvelles technologies dans divers environnements ou l’amélioration de la performance des systèmes agricoles par l’expérimentation.
Enfin, les entreprises devraient réviser régulièrement leurs activités d’innovation pour déceler les opportunités. Les projets agritech impliquant une expérimentation et une amélioration continues, les organisations passent parfois à côté d’activités de R&D admissibles simplement parce que l’innovation fait partie de leurs opérations quotidiennes.
En instaurant des pratiques de documentation structurées et en évaluant les opportunités de financement à chaque étape de l’innovation, les entreprises agritech se positionnent avantageusement pour tirer parti des incitatifs disponibles et soutenir la création de nouvelles technologies.
Conclusion
L’avenir de l’agriculture dépendra de plus en plus de la capacité des entreprises à concevoir des technologies novatrices qui améliorent la productivité, la durabilité et la résilience. Des solutions biologiques avancées à l’agriculture de précision et aux technologies numériques, les acteurs de l’agritech investissent en R&D pour résoudre les défis les plus complexes du secteur.
Au Canada, des programmes comme la RS&DE et d’autres initiatives de financement de l’innovation offrent un soutien précieux à chaque étape du parcours de développement. Accéder à ces levier exige toutefois une compréhension claire des activités de projet, des incertitudes techniques et des exigences de documentation.
En identifiant leurs activités de R&D dès le départ, en tenant des registres rigoureux et en adoptant une approche stratégique du financement, les entreprises agritech maximisent leurs chances d’accélérer leurs innovations et d’amener de nouvelles solutions sur le marché.
Sources
Government of Canada – AgriInnovate Program: Innovations in sustainable agriculture
Government of Canada – Scientific Research and Experimental Development (SR&ED) tax incentives
Government of Canada – Agriculture and Agri-Food Canada’s Strategic Plan for Science
Government of Canada – Agricultural programs and services
NRC Canada – about NRC industrial research assistance program