Les tarifs douaniers américains imposent de nouveaux défis aux entreprises canadiennes

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Christian Goehring

Directeur du commerce international et des affaires réglementaires

La récente escalade des tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis crée un défi immédiat pour les entreprises canadiennes qui dépendent du marché américain en tant que client, fournisseur ou partenaire de fabrication.

Le 22 août, les États-Unis ont promulgué de nouveaux tarifs douaniers de 50 % couvrant environ 20 milliards de dollars de produits canadiens, à la suite de l’échec des négociations entre les deux pays. Le Canada a annoncé son intention de répliquer avec des tarifs ciblant une sélection de produits américains à compter du 8 septembre.

Pour les entreprises canadiennes, l’impact dépasse le simple coût du tarif douanier. Les entreprises doivent désormais évaluer dans quelle mesure la hausse des coûts, l’évolution du comportement des clients et les perturbations potentielles de la chaîne d’approvisionnement pourraient affecter leur compétitivité sur le marché américain.

Le défi immédiat pour les exportateurs canadiens

En règle générale, les tarifs douaniers américains sont payés par l’importateur américain. Toutefois, le coût commercial est souvent partagé à travers l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.

Les clients américains peuvent demander à leurs fournisseurs canadiens de réduire leurs prix, d’absorber une partie des tarifs, de renégocier les contrats existants ou de relocaliser la production aux États-Unis. Certains acheteurs pourraient également commencer à chercher des fournisseurs locaux ou d’autres partenaires étrangers.

Cela place les entreprises canadiennes dans une position difficile. Absorber le tarif peut préserver les relations clients, mais réduit les marges. Transférer la totalité du coût au client préserve les marges, mais rend le produit canadien moins compétitif.

Les entreprises devraient commencer par déterminer :

  • Quels produits sont visés par les nouveaux tarifs
  • Quels clients et contrats américains sont touchés
  • Qui est responsable des droits de douane selon les Incoterms convenus
  • Si la tarification actuelle reste commercialement viable
  • Si les marchandises déjà en transit sont affectées
  • Si les clients sont susceptibles de changer de fournisseur

L’admissibilité à l’ACEUM peut ne pas offrir une protection complète

Les entreprises canadiennes se sont historiquement appuyées sur l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) pour bénéficier d’un accès exonéré de droits au marché américain. Cependant, ces nouvelles mesures démontrent que la qualification sous l’ACEUM ne protège pas toujours un produit contre des tarifs douaniers additionnels.

Les entreprises doivent évaluer deux questions distinctes : le produit est-il admissible sous l’ACEUM? Et le nouveau tarif s’applique-t-il malgré cette qualification ?

Les exportateurs canadiens doivent également s’assurer que leurs certificats d’origine, leurs nomenclatures de matériel (BOM), leurs déclarations de fournisseurs et leurs registres de production étayent correctement leurs demandes d’exonération sous l’ACEUM. Une documentation inexacte ou incomplète peut créer un risque supplémentaire pour l’exportateur comme pour l’importateur américain.

La riposte canadienne ajoute une couche de coûts supplémentaire

Les tarifs de réplique prévus par le Canada peuvent aider à exercer une pression stratégique sur les États-Unis lors des négociations, mais ils risquent aussi d’augmenter les coûts pour les entreprises canadiennes qui importent des produits, des équipements ou des matières premières des États-Unis.

Certaines entreprises canadiennes pourraient donc être touchées dans les deux sens : leurs exportations subissent des tarifs à l’entrée aux États-Unis, tandis que leurs intrants américains subissent des tarifs à l’entrée au Canada.

Les fabricants disposant de chaînes d’approvisionnement intégrées sont particulièrement vulnérables. Un composant peut traverser la frontière plusieurs fois avant d’être intégré à un produit fini, multipliant ainsi les coûts potentiels et la charge administrative.

Principaux risques pour les entreprises

Les entreprises canadiennes doivent se préparer à plusieurs conséquences possibles :

  • Une baisse de la demande de la part des clients américains
  • Des pressions pour baisser les prix ou partager les coûts des tarifs
  • Une hausse des coûts pour les matériaux et équipements d’origine américaine
  • Des litiges contractuels concernant la responsabilité des droits de douane
  • Des retards d’expédition et des contrôles douaniers accrus
  • Des exigences documentaires renforcées
  • Des pressions pour déplacer l’approvisionnement ou la production
  • Une incertitude prolongée entourant les futures négociations

Des secteurs tels que l’automobile, l’acier, la fabrication, l’électronique, les appareils ménagers, le secteur laitier et les produits de consommation pourraient faire face à une exposition particulièrement élevée.

Comment les entreprises canadiennes doivent-elles réagir ?

La priorité absolue est de quantifier l’exposition financière. Les entreprises doivent analyser leurs ventes par produit et leurs données douanières pour identifier les produits, clients et transactions touchés.

Elles doivent ensuite évaluer les solutions possibles, notamment :

  • Confirmer le classement tarifaire des produits et leur pays d’origine
  • Réviser l’admissibilité à l’ACEUM et la documentation justificative
  • Réévaluer la tarification et les contrats clients
  • Évaluer des fournisseurs alternatifs et d’autres sites de production
  • Examiner les possibilités d’exonération et de remise des droits de douane au Canada
  • Envisager l’entreposage sous douane ou les programmes de report de droits
  • Évaluer si des remboursements ou des mécanismes de drawback sont accessibles
  • Développer de nouvelles stratégies sur le marché américain

Les entreprises canadiennes doivent également se coordonner avec leurs clients américains. Dans de nombreux cas, l’importateur américain détient les données de déclaration en douane nécessaires pour calculer l’impact tarifaire réel et évaluer les meilleures stratégies d’atténuation.

Transformer l’incertitude en plan d’action

Le contexte actuel exige plus qu’une simple veille de l’actualité. Les entreprises canadiennes doivent comprendre précisément comment ces tarifs affectent chaque produit, chaque contrat et chaque relation client.

Une évaluation structurée de l’impact tarifaire peut aider la direction à répondre aux questions essentielles : Quelle est l’exposition financière globale de l’entreprise ? Quels clients et produits sont les plus vulnérables ? Quels coûts peuvent être réduits ? Quelles décisions commerciales doivent être prises immédiatement ?

L’équipe d’Optimisation du Commerce Global de Leyton accompagne les entreprises canadiennes grâce à des évaluations d’impact tarifaire, des revues de classement et d’origine, des analyses ACEUM, des audits de données douanières, des stratégies d’exonération de droits et la planification de scénarios d’approvisionnement.

Les entreprises qui agissent tôt seront mieux positionnées pour protéger leurs marges, communiquer efficacement avec leurs clients et s’adapter à l’évolution continue de la politique commerciale nord-américaine.

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