Décryptage LEYTON : Le Rapport Sichel " Le défi de la massification de la rénovation énergétique des logements"

Découvrez notre décryptage et notre analyse du rapport Sichel avec l'œil de notre expert dédié à la rénovation énergétique.

APRIL 1, 2021

12:00 AM

Par Matthieu LOCCI

Malgré une impulsion politique forte et des objectifs ambitieux, force est de constater que nous ne sommes loin de la lancée qui nous permettrait d’éradiquer les 4,8 millions de passoires thermiques d’ici 2028. Alors qu’il faudrait rénover près de 300 000 maisons individuelles et 10 000 copropriétés par an, le rythme n’est aujourd’hui que de 100 000 rénovations globales annuelles. Le bilan est encore plus sombre lorsque l’on constate que seuls 5% des projets de rénovation sont réellement efficaces et aboutissent à un saut d’au moins 2 classes énergétiques du DPE.

Pourtant les aides existent : 5,8 milliards d’euros d’aides publiques et de CEE s’ajoutent à plus de 200 millions d’euros de subvention des collectivités locales.

C’est donc pour trouver le moyen de dépasser les obstacles qui freinent cette massification qu’Olivier Sichel, Directeur de la Banque des Territoires, a été missionné par le Ministre de l’économie et des finances.

Ses solutions, conformément à la directive du Président Macron et contre l’avis de la Convention citoyenne pour le climat, doivent résider dans l’établissement de mesures incitatives plutôt que dans la mise en place de mécanismes de contrainte. Pourtant, celles-ci seraient certainement plus favorables à un véritable changement des pratiques.

Rapport Sichel : Quelles solutions abordées ?

Première solution abordée par le rapport Sichel : être en mesure de pouvoir proposer un accompagnement global aux ménages, allant de l’audit énergétique au plan de financement, en passant par l’assistance à maîtrise d’ouvrage. Cet accompagnement deviendrait obligatoire dès 5 000 € de dépenses.

Cette solution implique l’émergence d’acteurs globaux d’accompagnement, publics ou privés, tiers de confiance certifiés « MonAccompagnateurRénov », qui auront pour rôle d’accompagner le ménage tout au long de son parcours de rénovation.

En second lieu : simplifier et digitaliser ce parcours, avec la création de la plateforme « MonServiceRenov », qui permettra de mettre en relation les ménages avec leur interlocuteur MonAccompagnateurRénov, mais également faciliter les échanges avec tous les acteurs du parcours rénovation (banques, collectivités, artisans…).

Cette plateforme permettra encore le suivi de l’avancement du dossier digitalisé de rénovation (instruction du dossier, pilotage et sécurisation du versement des aides sur un Compte Rénovation dédié, suivi de la bonne exécution des travaux).

Enfin, le financement est le dernier des trois leviers identifiés par le rapport Sichel pour massifier les rénovations globales : il représente en effet un frein pour un quart des ménages en maison individuelle. Revaloriser les aides à la rénovation globale, qui sont aujourd’hui moins intéressantes que les aides « geste par geste », et ainsi faire baisser le reste à charge pour les ménages en fonction de leur revenus et de l’ambition de la rénovation.

Ainsi, une rénovation BBC pour un ménage très modeste serait bien plus accessible, puisque couverte à 95% par les aides (au lieu de 63% aujourd’hui).

Autre proposition : faire passer le montant maximal de l’écoPTZ de 30 à 50 000 €, ce qui aurait pour objectif de financer le reste à charge des rénovations les plus ambitieuses. Pas sûr en revanche que cela incite les banques à proposer ces prêts ecoPTZ, qui entrent en concurrence avec leurs propres systèmes de prêt.

Enfin, développer « le Prêt Avance Mutation + » assis sur la valeur du bien : cela peut effectivement être une solution pour les 62% de propriétaires de passoires thermiques qui ont plus de 60 ans, et qui ont un accès plus difficile au crédit bancaire. Si, à l’instar de l’écoPTZ, les banques ne jouent pas le jeu, il faudra espérer que la Caisse des Dépôt et Consignation (CDC) soit en mesure de prendre le relais.

Matthieu LOCCI, Senior Manager, Energie et développement durable, Leyton France

Notre auteur

Matthieu LOCCI

Senior Manager - Energie et Développement Durable

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