L'empreinte carbone des usages digitaux (1/2)

15-11-2021

Par Matthieu Locci

Découvrez les résultats de l’enquête ODOXA réalisée pour Leyton, BFM Buisness, l’Usine Nouvelle, Stratégie et 01net menée début Novembre 2021 auprès d’un échantillon représentatif des Français.

Si 83 % des Français se disent prêts à changer leurs habitudes pour faire baisser leur empreinte carbone : dans les faits, leurs usages sont encore très énergivores. Découvrez l’avis et le débat de nos experts à ce sujet.

Parmi les principaux enseignements

  • Deux tiers des Français se disent vigilants sur leur empreinte carbone numérique (mais dans les faits, leurs usages sont encore très énergivores)
  • Les jeunes sont ceux chez qui les mauvaises habitudes sont le plus enracinées (parallèlement les plus consommateurs d’outils numériques)
  • Les Français attendent d’être mieux informés et de disposer d’outils d’aides à la suppression de contenus inutiles

Les français peuvent / veulent progresser pour réduire leur empreinte carbone numérique

Emile Leclerc, directeur d’étude chez Odoxa y voit une illustration criante de la situation actuelle.

Alors que la COP26 vient de se terminer à Glasgow, la problématique du dérèglement climatique occupe tous les esprits.

Les activités humaines, trop consommatrices en énergies fossiles, rejettent de grandes quantités de carbone dans l’atmosphère, entrainant le réchauffement de la plupart des zones du globe.

Parmi ces activités, le numérique représente près de 4% des émissions de Gaz à Effet de Serre et cette part ne cesse de croître avec la démocratisation et la démultiplication des usages : cloud, data center, streaming…

De nombreux experts alertent l’opinion publique sur l’empreinte carbone liée à Internet. En effet, les Français ont conscience de cette problématique et la majorité d’entre eux y fait attention. 65% de nos concitoyens affirment de fait, être vigilants à la consommation d’énergie liée à leur utilisation d’Internet. C’est un bon niveau mais c’est encore perfectible, d’autant que seuls 17% se disent très vigilants.

Et ce chiffre encore limité peut laisser penser que les français sont peut-être moins vigilants en ce qui concerne la pollution numérique que d’autres domaines plus concrets (chauffage, automobile, tri des déchets…). A titre de comparaison, 86% des français disaient faire attention dans leur quotidien à limiter l’impact environnemental ou sociétal de leur mode de vie (dans le baromètre du développement durable d’Odoxa en Octobre 2021).

Dans les faits, nos usages sont encore trop / trés énergivores

Conscients et alertés sur leurs problématiques d’empreinte carbone numérique, les Français se disent globalement vigilants. Mais lorsqu’ils évoquent leurs usages, parmi les plus énergivores : le tableau est bien plus sombre.

Les Data centers restent encombrés par des contenus qui pourraient disparaître ou être stockés autrement alors même que 68% des Français conservent des mails qui ne leurs seront plus utiles et que 34% stockent des données dans le cloud.

Le streaming à encore de beaux jours devant lui : 59% des Français regardent des contenus en streaming et 54% regardent des vidéos lancées automatiquement sur les réseaux sociaux.

Enfin, plus de 58% d’entre nous se connectent en 4G alors qu’un WIFI est disponible et 28% n’hésitent pas à remplacer un appareil électronique avant qu’il ne tombe en panne.

Ce retard d’adoption des bonnes pratiques en matière de numérique est à considérer avec attention : selon l’Université de Dresde, dans 25 ans: si les technologies informatiques ne progressent pas, l’internet consommera autant d’énergie que l’humain, pour l’année 2008.

Les jeunes, plus consommateurs d’outils numériques sont aussi ceux chez qui les mauvais habitudes sont les plus enracinées

La proportion de Français ayant des usages énergivores est déjà élevée mais elle masque des écarts importants selon leur âge. Et les plus jeunes générations très connectées et utilisatrices du numérique sont celles qui ont le plus souvent ces pratiques…

Plus de 3/4 des moins de 35 ans conservent leurs mails inutiles, plus de 85 % regardent des contenus en streaming, plus de 70 % des vidéos lancées automatiquement, plus de 50% stockent des données dans le cloud et plus de 45 % remplacent des appareils encore viables.

Les usages énergivores étant plus courants chez les générations les plus consommatrices, c’est donc un effet démultiplicateur qui est à craindre si ces comportements venaient à s’enraciner encore davantage.

83 % des Français se disent prêts à changer leurs habitudes pour faire baisser leur empreinte carbone

Si les usages numériques des Français sont encore très énergivores, ces derniers ne sont pas réticents au changement.

Informés du fait que les exemples cités précédemment font partie des usages numériques qui consomment le plus d’énergie et qui augmentent l’empreinte carbone numérique des individus, la quasi-totalité d’entre eux se dit prête à modifier certaines habitudes.

Evidemment, les jeunes qui devront fournir plus d’efforts doivent être visés en priorité dans des campagnes de communication.

Pour se faire, ils attendent d’être mieux informés et disposer d’outils d’aides à la suppression de contenus inutiles

Pour les Français, le meilleur moyen de faire baisser l’empreinte carbone des individus est l’information. S’ils sont conscients de la problématique, ils ne savent pas toujours quelles sont les habitudes les plus énergivores et considèrent qu’il faut mieux informer les individus sur l’empreinte carbone de leurs usages (25%).

En deuxième position des meilleurs pistes à leurs yeux : les outils d’aide à la suppression de contenus inutiles (43%). Les mails, applications, photos et autres contenus inutilisés encombrent les data centers et nécessitent de l’énergie.

Enfin, ils tournent aussi leurs regards vers l’industrie: 35% estiment qu’elles doit optimiser la consommation de ses algorithmes et data centers.

Le principe du téléchargement temporaire proposé systématiquement à la place d’un visionnage en streaming séduit moins les Français. Seuls 22% le citent comme l’un des meilleurs moyens de faire baisser leur empreinte carbone. De même, le visionnage des vidéos en basse définition n’est cité que par 12% d’entre nous…

Notre auteur

Matthieu locci - Directeur Technique - Energie et Développement Durable chez Leyton

Matthieu Locci

Directeur Technique Energie