La gestion des déchets : un levier majeur de décarbonation

07-02-2022

Par Frédérique Mouly

Gestion des déchets et décarbonation : est-ce possible ?

Une étude, réalisée par la FEAD (European Waste Management Association), CEWEP, RDF Industry Group et DWMA, concernant le potentiel de réduction des émissions de CO2 dans la gestion des déchets en Europe, vient d’être publiée.

Cette étude a pour objectif d’évaluer l’impact de la gestion des déchets industriels dans la décarbonation en Europe.

Rappelons en effet que l’Europe a fixé pour objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2050.

La gestion des déchets constitue un levier majeur dans l’atteinte de cet objectif ambitieux. Mais comment ?

La gestion des déchets contribue à la fois à la production et à la réduction des émissions de CO2 :

Les étapes de transport et de traitement par incinération ou stockage sans valorisation énergétique contribuent à la production de CO2, tandis que le recyclage, la valorisation énergétique de CSR[1] (Combustibles Solides de Récupération) ou encore la valorisation matière des mâchefers[2] en technique routière, contribuent à la réduction des émissions de CO2, en se substituant aux matières premières et aux énergies fossiles.

L’étude compare 3 scénarios :

  • « Statu Quo » : le premier constitue le scénario de référence et évalue les émissions de CO2 à partir de la gestion des déchets actuelles dans l’UE27 et le Royaume-Uni en 2018.
  • « P1 » : Le second évalue les émissions de CO2 en Europe, en appliquant les réglementations actuelles et les objectifs de recyclage, étendus aux déchets d’activités économiques, à l’horizon 2035
  • « P2 » : Le dernier évalue les émissions de CO2 en Europe, en appliquant une politique de réduction des émissions de CO2 plus ambitieuse, des objectifs de recyclage et de réduction de l’enfouissement plus élevés.

Dans cette étude, sont considérés 9 flux de déchets : papiers/cartons, verre, plastique, métaux ferreux, aluminium, textiles, bois, biodéchets, pneus.

Les résultats concernant l’ensemble des flux de déchets sont les suivants :

En l’absence d’action, le scénario de référence contribue à une réduction des émissions de gaz à effet de serres (GES) de 96Mtéq CO2/an, avec 50% de déchets recyclés, 28% de déchets faisant l’objet d’une récupération d’énergie, 20% de déchets enfouis et 2% de déchets dont le traitement n’est pas connu.

Avec le scénario 1, la réduction des émissions de GES s’élèverait en 2035 à 240,4Mtéq CO2, avec 71% de déchets recyclés, 23% de déchets faisant l’objet d’une récupération d’énergie et 6% de déchets enfouis

Avec le scénario 2, la réduction des émissions de GES s’élèverait en 2035 à 273,7Mtéq CO2, avec 73% de déchets recyclés, 26% de déchets faisant l’objet d’une valorisation énergétique et moins de 1% de déchets enfouis.

Concernant les CSR, les résultats sont les suivants :

En l’absence d’action, le scénario de référence contribue à une production d’émissions de GES de 182Mtéq CO2/an, avec 52% de déchets faisant l’objet d’une récupération d’énergie et 48% de déchets enfouis.

  • Avec le scénario 1, la production d’émissions de GES s’élèverait en 2035 à 119,5Mtéq CO2, avec 61% de déchets faisant l’objet d’une récupération d’énergie et 39% de déchets enfouis.
  • Le scénario 2 contribuerait à une réduction des émissions de GES qui s’élèverait en 2035 à 51,6Mtéq CO2, avec 100% de déchets faisant l’objet d’une valorisation énergétique.

Les résultats montrent par ailleurs que le recyclage des métaux ferreux, de l’aluminium et du plastique contribue le plus fortement à la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Le transport a moins d’impact sur les émissions de GES que le mode de traitement du déchet.

Quelle est la vison de l’expert ?

Cette étude met en avant l’importance du choix du mode de traitement des déchets sur l’impact environnemental : l’enfouissement et l’incinération sont des modes de traitement à bannir le plus possible si l’on souhaite réduire l’impact environnemental des déchets. La raréfaction des ressources engendre une hausse des prix des matières premières, qui suit le principe de l’offre et de la demande, et c’est pourquoi on prend conscience de l’importance de recycler ses déchets sur son territoire.

Une bonne gestion de ses déchets a 2 effets majeurs :

  • Réduire son impact environnemental et contribuer à la neutralité carbone. La gestion des déchets est un levier majeur de décarbonation. Dans un contexte où les entreprises développent leur stratégie bas carbone, elles doivent s’intéresser à la gestion de leurs déchets, et pas seulement à la maîtrise de leur consommation d’énergie. En effet, les filières de réemploi, réutilisation et recyclage sont à privilégier, au détriment des filières d’incinération et d’enfouissement. La valorisation énergétique des déchets ne pouvant être recyclés (CSR) doit être privilégiée.
  • Réduire ses coûts, en optimisant la fréquence de collecte, en améliorant son tri et donc en favorisant le recyclage, en identifiant les meilleures filières de traitement de ses déchets.

Pour ce faire, une bonne connaissance des filières et des acteurs est indispensable.

Il faut également noter que le recyclage chimique se développe à grande vitesse, et devrait permettre, à terme, de recycler davantage de déchets qui pourraient constituer une matière première secondaire dans des secteurs où les exigences de qualité et de traçabilité sont élevées, tels que l’agroalimentaire ou la cosmétique.

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[1] Les CSR sont des déchets résiduels après tri des fractions recyclables, disposant d’un pouvoir calorifique élevé

[2] Les mâchefers sont des résidus de combustion

Notre auteur

Frédérique Mouly

Frédérique Mouly

Ingénieur Environnement