Digitalisation de la chaîne de valeur : les leçons à tirer de la crise

Découvrez le résumé de la table ronde du Global Innovation Summit, avec nos experts autour de la digitalisation de la chaine de valeur.

FEBRUARY 15, 2021

12:00 AM

Par Leyton

Analyser les gains et pertes du « remote »

« On s’adapte, on tente des choses, on regarde », ont souligné d’entrée les différents intervenants à propos du télétravail. Ils estiment que s’il s’est imposé, il reste désormais à l’évaluer. Quels sont les gains et les pertes ? « Nous essayons de digitaliser la fonction conseil » a noté ainsi Teoman Atamyan du cabinet Leyton, avec la mise à disposition de ses clients d’une « quarantaine d’outils logiciels ».

L’expert en cyber sécurité Jonathan Bismuth a noté que pour sa société cet aspect a été « surdéveloppé, avec malgré tout quelques allers/retours sur place chez les clients parce que parfois c’est compliqué ».

Le « remote » est un usage plus rodé chez Microsoft. Marc Couraud rappelle qu’à l’image de la sienne, bon nombre de multinationales y avait déjà recours -partiellement- bien avant la pandémie. Reste à savoir si, comme le soulignait un intervenant, les « deux heures de temps gagnées chaque jour » sont effectives et ne se paient pas d’un « déséquilibre personnel ».

Cyber sécurité, l’élément essentiel au cœur de la chaine de valeur

Tous les intervenants reconnaissent avoir dû s’adapter à la nouvelle exposition de leurs réseaux. « Le curseur de la cyber sécurité doit bouger », « nous avons dû revoir nos bonnes pratiques pour s’adapter à un monde qui ne reviendra pas en arrière », ou encore « nous devons être beaucoup plus professionnel dans la gestion de notre sécurité ». Jonathan Bismuth a évoqué le cas de Netflix en soulignant ses « bonnes pratiques de sécurité » qui peuvent constituer un exemple. Car l’enjeu est de taille.

Pour Marc Couraud de Microsoft, « la sécurité, cela devient un vrai business pour nous avec cette année dix milliards de chiffre d’affaires en infrastructure IT. Notre plateforme doit être la plus sure et tout le monde va devoir s’adapter dans les cinq ans ». Teoman Atamyan a rappelé lui que le coût planétaire de la cyber criminalité est évalué à 1% du PIB mondial.

Data, Cloud et IA, quels changements structurels ?

« L’utilisation du cloud demande une bonne compréhension de l’innovation et de son écosystème et souvent des réorganisations. Nous sommes un accélérateur d’innovation, d’usage des technologies avancées pour les entreprises dont le cœur de métier n’est pas le software », développe Marc Couraud de Microsoft. C’est cette transition qui selon lui est difficile aujourd’hui pour l’industrie, citant en exemple le cas de la voiture connectée. L’apport de la data et de l’intelligence artificielle y permet de déceler les pannes en avance. D’où le besoin selon lui de faire de la « co-innovation » avec les clients : « mon métier c’est de co-créer la façon dont ils vont utiliser le cloud pour transformer leur business ». Un mode de travail qui s’applique également à l’aéronautique ou à l’industrie du luxe. Les clients doivent monter en compétence pour que pouvoir utiliser à plein la puissance de la technologie. « Désormais nous entrons dans le cœur du réacteur », conclut-il.


Chez Leyton, c’est sous l’angle du financement que l’on aborde l’enjeu des changements structurels et donc l’accompagnement du client. « On est dans une approche transverse de la transformation technologique, souligne Teoman Atamyan. On a la chance en France d’avoir un écosystème de financement très riche qui permet aux entreprises d’avoir des aides pour avancer sur la R&D et l’innovation ». L’évolution des technologies permet d’envisager un certain nombre de transformations d’usage, et tout cela impose « une cascade » de transformations « au niveau des usages de nos clients, de l’entreprise elle-même ».

« Face à un client, explique-t-il, la valeur de la data n’est plus à démontrer : accompagner un dirigeant à la prise de décision à partir d’éléments consolidés, c’est un premier pas que beaucoup ont franchi … y ajouter de l’intelligence artificielle, là ils sont peu nombreux ».
« Beaucoup de datas peuvent être récupéré pour détourner l’utilisation, notamment d’une voiture connectée », prévient Jonathan Bismuth en évoquant la question fondamentale de la sécurité des IOT.

Mettre l’expérience utilisateur au cœur de l’innovation

« Nous partons du principe que quand vous designez un produit il doit être utilisé par tous », explique Marc Couraud en détaillant la stratégie d’inclusive design de Microsoft. Pour lui, le produit ne doit pas compenser un handicap mais doit s’adapter à tout le monde. « Cet inclusive design permet au produit d’être beaucoup plus adaptés aux situations de la vie pour tout le monde. Ça a un impact énorme sur l’innovation au global ». L’idée c’est qu’en designant de cette manière-là on conçoit de façon radicalement différente, les produits deviennent beaucoup plus mainstream et s’adaptent non plus à une petite partie de gens.

Marc Couraud rappelle ainsi en souriant qu’à la base, Teams n’était pas un produit “consumer“. Il y a un an encore, c’était un produit qui servait à être utilisé en inter entreprise. Puis le Covid a fait le reste et l’usage de Teams a de loin dépassé la sphère dans laquelle il a été conçu. « Aujourd’hui, on ne sait pas à quoi va servir le produit que l’on design, conclut Marc Couraud. Il faut utiliser ces méthodologies riches d’inclusive design ».


Pour Teoman Atamyan de Leyton, « ce qui se digitalise de plus en plus c’est la relation client et l’expérience collaborateur, le digital workplace. On parle souvent de employee advocacy, ou comment les collaborateurs communiquent sur l’entreprise via les réseaux sociaux. Si on prend l’ensemble de la chaine de valeur de l’entreprise, elle se digitalise entièrement. L’ensemble de cette démarche repose sur des méthodes de design pour intégrer la technologie pleinement dans le fonctionnement de l’entreprise et pas seulement pour brancher un système numérique ».


Côté gestion de risques, Jonathan Bismuth co-fondateur de DB&M remarque : « le point clé qui nous revient systématiquement c’est : quid de notre expérience utilisateur ? L’inclusive design c’est une clé absolue, mais cela reste une brique. Cette clé c’est sur quoi on va apporter du conseil, en travaillant en collaboration avec des éditeurs et des développeurs. Tout cabinet de conseil qu’on est, 20% de notre masse aujourd’hui c’est de l’innovation, justement pour mettre ensemble expérience utilisateur et cyber sécurité. L’expérience est un facteur clé pour l’adoption. Une solution cyber sécurité peut être innovante mais si elle n’est pas applicable dans le secteur du client, cela ne suivra pas et ce sera un échec. »

La coopération est l’innovation à venir pour la chaine de valeurs

L’un des constats à suivre, c’est que la digitalisation des process d’entreprises facilite le transfert, cela facilite le travail avec d’autres entreprises, constate Marc Couraud. « Là où l’on avait l’habitude de penser processus interne à l’entreprise, on commence à penser plus collectif, ajoute-t-il. Par exemple, un acteur du luxe a une blockchain qui permet de certifier que chacun des acteurs qui a apporté une modification sur un des produits -de sa production jusqu’à sa commercialisation- puisse certifier cette modification. Et l’on peut imaginer ce type de système dans beaucoup d’écosystèmes différents. Cela a l’avantage de certifier au client final une chaine de vérité sur l’objet qu’il va acheter, qu’il veut revendre, et ainsi garantir son historique. L’économie peut se transformer vers une économie d’écosystèmes dans laquelle la mise en commun de data et la publication de ces datas permet de faire grossir la valeur collective ».


« Dans notre secteur du risque la co-construction est inévitable, ajoute Jonathan Bismuth. Les hackers n’ont pas attendu pour faire de la coopération entre eux afin de provoquer des attaques encore plus importantes. Les sujets blockchain et protection de données de valeurs sont tout aussi présents chez nous. Nous n’avons pas nécessairement attendu le Covid, c’est quelque chose que nous poussons depuis assez longtemps.»


Même écho chez Teoman Atamyan pour qui « les théories de l’innovation collaborative ont déjà été au cœur d’un certain nombre de stratégies de grands groupes et ont déjà démontré leur efficacité ». Il ajoute que « les questions posées par les collaborations dans la donnée restent les mêmes : à qui elle appartient ? à qui appartiendra le fruit de cette collaboration ? comment on se la partage ? etc… »

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