Lu dans Forbes - Entretien "Retour vers le futur" avec François Gouilliard, Fondateur du Groupe Leyton

François Gouilliard et Olivier de Beauminy sont fraîchement diplômés. Le premier est ingénieur en matériaux. Il aurait pu rejoindre un groupe de BTP, par exemple, mais il a choisi l'entrepreneuriat, dans un domaine qui lui est étranger mais dont il pressent le potentiel.

OCTOBER 7, 2020

12:00 AM

Par rbajard

En décembre 1997, l’hiver est rigoureux mais il n’empêche pas ces deux jeunes hommes de 25 ans de s’activer dans un studio de 30m², à Sarcelles.


François Gouilliard et Olivier de Beauminy sont fraîchement diplômés. Le premier est ingénieur en matériaux. Il aurait pu rejoindre un groupe de BTP, par exemple, mais il a choisi l’entrepreneuriat, dans un domaine qui lui est étranger mais dont il pressent le potentiel. En journée, pendant six mois, ils planchent sur leur business model, multiplient les tableaux Excel, en résumé, peaufinent leur projet. Le soir venu, ils rangent le studio, passent le balai et le transforment en lieu de vie puisqu’il leur sert aussi d’habitation. Autrement dit, ils dorment en compagnie de leur ordinateur…

À l’époque, Dominique Strauss-Kahn est le maire ambitieux de cette ville populaire du 95 classée zone franche par le gouvernement, sous la présidence d’un certain Jacques Chirac. Voila pourquoi le tandem a décidé de s’installer dans cette banlieue pas vraiment pimpante mais fiscalement attractive pour une jeune pousse.


Réduire au maximum les charges, tel sera leur credo a la création de Dariane, qui deviendra Leyton, une société de services aux entreprises dans le domaine de la réduction de charges ! Ils obtiennent assez vite un trois-pièces de 60m² auprès de la mairie de Sarcelles, qu’ils transforment en bureaux car il faut commencer à accueillir des collaborateurs. Leyton trouve, en effet rapidement sa clientèle. Nombre de sociétés et de collectivités se montrent intéressées par le discours novateur de cette équipe dynamique qui veut les aider à alléger leurs charges sociales. Leyton se paye sur les résultats, via des commissions oscillant entre 15 et 30 %. Du partenariat gagnant-gagnant.


Concrètement, il s’agit de décortiquer chaque ligne sur les fiches de paye des salaries, d’exercer un contrôle systématique sur toutes les cotisations versées et d’exploiter chaque texte de loi permettant de tailler dans ces fameuses charges. « C’est une activité complexe, assure François Gouilliard, mais les sources d’amélioration sont nombreuses quand on sait chercher. » Leyton déménage à Paris et commence a rencontrer ses clients, réaliser des audits, affine sa méthodologie.
“Il nous fallait mettre au point des process très simples, assimilables par les collaborateurs très peu diplômé que nous formions, explique François Gouilliard, pour pouvoir les envoyer rapidement en clientèle.”


La croissance de Leyton s’avère exponentielle car le marché est immense en France, mais aussi en Europe. A partir de 2002, l’entreprise ouvre des bureaux en Province, en commençant par Lyon ; puis en 2004, elle s’implante a l’international avec une première antenne a Bruxelles. En même temps que le groupe s’étend géographiquement, il développe son offre. « À partir de 2002, nous nous sommes spécialisés dans le financement de l’innovation, se souvient le président. On aide les entreprises qui font de la R&D à obtenir du Crédit Impôts Recherche. De nombreux pays ont des dispositifs similaires. » La stratégie de Leyton s’oriente progressivement vers le secteur porteur de la tech : on incite les entreprises a innover puis on leur trouve du financement. Toujours la même logique win-win.


Aujourd’hui, la montée en puissance des thèmes environnementaux tels que la transition énergétique ou la réduction de l’empreinte carbone font la fortune de Leyton, devenue experte dans le domaine de la green economy. Avec 31 bureaux dans le monde, 1500 employés et un CA annuel de 230 millions d’euros, le groupe fait figure de leader européen dans son secteur. À la vitesse à laquelle il se développe au Canada et aux Etats-Unis, il devrait même s’emparer demain du leadership occidental.

Une question subsiste : pourquoi le Ch’ti Francois Gouilliard, fils d’une mère fonctionnaire et d’un père banquier, ingénieur de formation, sans héritage ni capital, s’est-il lancé dans l’entrepreneuriat avec un copain aussi désargente que lui et doté d’aucun réseau, plutôt que de faire tranquillement carrière dans un groupe solide ? Rêvait-il secrètement en regardant l’icône des patrons des années 80 auquel tout réussissait, Bernard Tapie, présenter des émissions à la télévision ? « Même pas, confie-t-il. Je suis à l’opposé d’un Tapie, j’aime la discrétion, je ne me mets jamais en avant. » Alors ? « Créer mon entreprise, estime-t-il, c’était une manière d’aider mon pays et de démontrer par ma propre expérience que la France, contrairement à ce qu’on en dit, est une terre d’entrepreneurs. » ça, François Gouilliard ne le nie pas, il est cocardier, et même un poil chauvin. « Les chiffres de l’OCDE montrent que la France est productive, dit-il. Pourquoi croyez-vous qu’on embauche autant de français a Londres ? Parce qu’on est bons. » Selon lui, on ne le répétera jamais assez.


Forbes N°12 2020, Portrait “François Gouilliard ou la réussite patriote”, par Yves Derai.